« Dans cette série de conférences prononcées en 2007 à Toronto dans le cadre des Massey Lectures, tribune annuellement offerte à des penseurs contemporains pour traiter des grandes questions de notre temps, Alberto Manguel, dressant de fascinants parallèles entre les réalités individuelles et politiques du monde actuel et celles que, de tout temps, ont pris en charge le mythe, la légende et le récit, propose de prêter attention, plutôt qu'au discours d'autorités prétendument "compétentes", à ce qu'ont à nous dire, sur la manière de bâtir une société, les visionnaires - poètes, romanciers, essayistes ou cinéastes - dont les oeuvres, parce qu'elles acceptent d'assumer l'humain dans toute sa complexité, montrent la voie de l'ouverture sur laquelle peut se fonder une communauté plus juste et plus durable. »
Ouf hein, quel résumé... C'est juste une phrase, mais quelle phrase! Je tiens à vous rassurer, ce n’est pas comme ça dans le livre…
Alors, voilà, La citée des mots est avant tout un essai, donc attendez-vous pas à ce qu'il y ait un début, un milieu et une fin. L’essai est divisé en cinq parties ayant un lien avec le sujet traité (même si c’est pas toujours évident). Malgré tout, c'est une sorte de réquisitoire contre la société moderne et ses défauts face à l'étranger, mais aussi face à nous-mêmes et qui nous ouvrent les yeux sur ce qui nous entoure. Bien sûr, il y a une des parties qui parle du Livre et de ceux qui ne le voient plus que comme un produit de consommation. J’ai bien aimé cette partie! Sinon, l’ensemble aussi est très intéressant quoique j’y ai trouvé quelques longueurs… Mais ça, c’est moi, le genre de l’essai finit toujours par me lasser, alors…
Et puis, Alberto Manguel parle de nous – petits Québécois que nous sommes – en nous comparant à d’autres nations qui vivent la même chose que nous, au sujet de l’identité et du combat linguistique.
Bref, ce n’est pas la lecture du siècle, mais j’ai bien aimé quand même!
« Et pourtant les histoires, même les plus belles et les plus vraies, sont impuissantes à nous protéger de la souffrance et de l’erreur, des catastrophes naturelles et artificielles, de notre propre avidité suicidaire. La seule chose qu’elles puissent faire, parfois, pour des raisons imprévisibles, c’est nous parler de cette folie et de cette avidité, et nous appeler à rester vigilants à l’égard de nos technologies de plus en plus perfectionnées. Les histoires peuvent nous consoler dans la souffrance et nous offrir des mots pour nous dire qui nous sommes et ce que sont ces sabliers au travers desquels nous passons, et suggérer des possibilités d’imaginer un avenir qui, sans exiger le confort d’heureux dénouements, peut nous proposer des façons de rester en vie, ensemble, sur cette Terre si maltraitée. »
La citée des mots, Alberto Manguel, Actes Sud/Leméac, 2009.